Par la Rédaction

I.INTRODUCTION

C’est en répondant ainsi à l’appel lancé par le président de la République démocratique du Congo Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo lors de son message du 08 septembre 2019, appelant au changement de mentalité que je propose cette réflexion,  convaincu que cette aspiration [ le changement ] qui constitue l’espérance populaire aujourd’hui, ne doit pas être portée uniquement par le seul premier citoyen du pays .
Dans les lignes qui suivent j’ai voulu partager avec nos compatriotes ma compréhension de ce que j’ai appelé « nécessité de la formation professionnelle et technique » dans le développement de la République démocratique du Congo  notre patrie.
Dans ce premier volume de ma contribution, j’entends traduire particulièrement l’importance de la formation professionnelle  dans le développement d’un pays partant des exemples de quelques États développés au monde.
En effet, lors de son discours d’investiture du 24 janvier 2019, le président Félix Antoine Tshisekedi avait déclaré je cite : « Notre système éducatif doit être en phase avec nos grands défis économiques et humains. Nous devons offrir une meilleure formation technique et professionnelle à notre jeunesse pour faire de notre pays un solide pôle d’attractivité et d’implémentation technologique », fin de citation. Cette vision du chef de l’Etat, me paraît la colonne vertébrale, sans laquelle son mandat ne sera nullement un succès notamment dans le secteur de la création d’emplois et l’appropriation de l’économie nationale par nos concitoyens. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) reconnaît pour sa part que la formation professionnelle répond à un souci de développement, tant des individus que des sociétés (Sa recommandation de novembre 2015).

PRÉCISION IMPORTANTE
Sans pour autant se perdre dans la définition des concepts, la formation professionnelle n’est rien d’autre qu’un processus d’apprentissage qui permet à un individu d’acquérir le savoir faire et le savoir-etre entendus comme capacités et aptitudes nécessaires à l’exercice d’un métier.
Elle est traditionnellement associée à l’apprentissage d’un métier, basé sur la pratique et la maîtrise de la technique plutôt que sur la théorie et l’abstraction conceptuelle. Sur ce, j’ouvre une parenthèse qui constitue à attirer notre attention sur le fait que le système de notre enseignement en RDC, est plus théorique que pratique et je la ferme très rapidement.

II.IMPORTANCE DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE

Selon l’UNESCO, la formation professionnelle contribue à la promotion du développement social, à la croissance économique soutenue et inclusive, la protection de l’environnement au bénéfice de tous, ainsi que l’élimination de la faim et de la pauvreté. La formation professionnelle contribue au développement durable en rendant capables les individus, les organisations,  les entreprises et les communautés et en favorisant l’emploi, le travail décent et l’apprentissage tout au long de la vie de manière à promouvoir une croissance économique inclusive et durable, ainsi que la compétitivité, l’équité sociale et la viabilité environnementale (cfr. Recommandation novembre 2015 sur l’enseignement et la formation technique et professionnelle).
La formation professionnelle revêt une importance accrue en raison des mutations technologiques et organisationnelles en cours qui appellent une mise à jour des qualifications. Le vieillissement de la population active est une donnée démographique qui plaide en faveur de son développement. Selon mon entendement, plusieurs diplômants sans formation sur les avancées  technologiques actuelles peuvent aussi être considérés comme population vieillissante.

SITUATION ACTUELLE

Dans notre pays la RDC, un grand nombre de diplômés venus du cursus traditionnel d’éducation sont sans emploi. Il y a donc disparité entre la formation et la demande du marché du travail en aptitude professionnelle malgré que la loi cadre sur l’enseignement de 2014, dispose à son article 80 que
« la formation technique et professionnelle a pour mission de former les techniciens  qualifiés en étroite adéquation avec les besoins réels de l’économie locale et nationale ».
« Très souvent, les diplômés qui arrivent sur le marché du travail se retrouvent à la fois « surqualifiés » et « pas assez expérimentés » pour décrocher les emplois disponibles. Ils sont alors contraints d’accepter des emplois faiblement rémunérés, habituellement réservés aux personnes sans qualification. »
La formation ne doit pas mesurer seulement les connaissances théoriques. Elle doit mettre l’accent sur le test de la capacité, où les apprentis doivent démontrer leur compétence pratique, au lieu de suivre strictement l’approche de l’examen et de la délivrance du diplôme.
L’extrême jeunesse des populations rend encore plus criant le besoin d’une formation professionnelle adaptée aux emplois disponibles, alors que le manque de main d’œuvre qualifiée freine la croissance des entreprises. En effet, cette jeunesse représente une formidable mine de main d’œuvre, l’avenir du pays, s’il veut vraiment se développer.
Pourtant dans les pays dits développés, c’est depuis plusieurs années que le rôle de la formation professionnelle et technique a été déjà compris et ce secteur a fait objet de décisions de pouvoir des princes grâce surtout à l’engagement des partenaires sociaux.
En France par exemple,  la formation professionnelle continue  est devenue une obligation nationale par l’adoption de la loi « d’orientation et de programme sur la formation professionnelle », depuis le 03 décembre 1966. Ce combat qui a beaucoup évolué, a abouti en 2015 à la création du Compte personnel de formation (CPF) qui a remplacé le droit individuel à la formation (DIF), à la différence de ce dernier,  ce nouveau dispositif est transférable tout au long de la vie professionnelle d’un individu, quelque soit son changement de statut. Il est également ouvert à toute individu de 16 ans ou plus en poste ou en recherche d’emploi et est plafonné à 150 heures, utilisables pendant ou en dehors du temps de travail.  
Depuis près d’une vingtaine d’années, les Américains ont amorcé  une réforme en profondeur de leur système de formation professionnelle et technique (FPT) appelé « Career and technical education (CTE) »,  À l’origine de ce projet, deux constats : les emplois de demain vont requérir une formation post-secondaire, un phénomène par ailleurs accentué par la crise financière, et la FTP n’a pas ce qu’il faut pour répondre à la demande.
Au tournant des années 2020, 63% des emplois, estiment les Américains, exigeront une formation post-secondaire. La moitié de ces emplois sont de niveau intermédiaire (middle-skill jobs), des emplois qui requièrent une formation plus élevée que le diplôme d’études secondaires, mais inférieure au baccalauréat universitaire.
La réforme américaine rehausse les connaissances et compétences académiques et technologiques des personnes qui s’engagent en formation professionnelle aux niveaux névralgiques que sont les 9e, 10e, 11e et 12e années.
Elle donne des compétences qui favorisent l’employabilité d’aujourd’hui et de demain.
Elle rend visible les cheminements de carrière possibles au sein d’une filière professionnelle en permettant d’accumuler les crédits pour poursuivre des formations à un niveau supérieur, aucune formation n’étant plus terminale.
Les filières et les socles de connaissances et de compétences offrent une réponse à un marché du travail de plus en plus exigeant en permettant aux institutions d’enseignement d’offrir des formations moins pointues.
Enfin, la réforme américaine a permis aux acteurs du marché du travail de définir les filières de même que les connaissances et les compétences essentielles à l’exercice des métiers et des professions de leurs domaines d’activités.
Les Québécois ont aussi estimé à son temps,  que cet  exercice est celui qui conviendrait d’étudier de près dans un contexte où ils risquent de faire disparaître des programmes faiblement fréquentés. C’est là un enjeu qui concerne les partenaires du marché du travail.
À la différence des pays ci-haut évoqués, la RDC mon pays n’a encore  jusqu’à ce jour accordé une  place importante à ce secteur [de la formation professionnelle], pourtant très déterminant pour la promotion du développement social, à la croissance économique soutenue et inclusive.
Sur 242 articles qui composent la loi cadre sur l’enseignement en RDC, 5 seulement regentent la formation professionnelle alors qu’ailleurs en France par exemple il existe toute une  loi nationale qui structure ce domaine. Clairement, le cadre normatif pose  réellement problème. Cependant la création du ministère de la formation professionnelle Arts et métiers dans le premier  gouvernement de Félix Antoine Tshisekedi est un signal fort qui doit être accompagné des mesures fortes pour éviter de retomber dans le scénario précédent qui a consisté à la création d’un monstre [ministère de la formation professionnelle ] depuyé de tous ses pouvoirs, écarté de toutes ses cellules techniques.

PERSPECTIVES
Dans sa configuration actuelle,  le ministère de la Formation professionnelle, Arts et Métiers doit se mettre rapidement au travail en récupérant la tutelle de l’Institut National de Préparation Professionnelle, INPP qui doit désormais devenir la cellule technique devant non seulement dispenser la formation professionnelle mais surtout devra homologuer la fiabilité des centres de formation tant Étatiques que privés notamment sur la qualité de la formation professionnelle qu’ils entendent dispenser. Cette proposition est à mon avis, une urgence malgré que l’INPP est à ce jour une entreprise du portefeuille de l’Etat relevant du ministère du travail bien entendu pendant la période au cours de laquelle, l’Etat Congolais n’avait pas encore en son temps songé à créer un ministère de la formation professionnelle et donc aujourd’hui le fait précédent le droit, le vin est déjà tiré et il ne faut pas tergiverser de le boire.
En plus de l’INPP, Les Instituts techniques et professionnels, qui n’organisent pas les Examens d’Etat, doivent être également placés sous tutelle du ministère de la formation professionnelle Arts et métiers car il est l’unique ayant la charge de décerner les certificats, brevets et ou autres qualifications en arts et métiers.
Et donc l’institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM), l’institut national des Arts (INA), l’Académie des Beaux-Arts,  l’école de Navigation actuellement dépendant du ministère du transport entend qu’écoles de métiers devront désormais être placé sous la tutelle du ministère de la formation professionnelle. Les querelles des tranchées de triste mémoire qui cachaient l’idée malveillante d’avoir le contrôle des institutions dans l’unique but de sucer leur caisse, doit laisser la place au respect des principes dans le but de s’inscrire dans la vision du président Félix Antoine Tshisekedi qui tient par devoir d’État,  à promouvoir la classe moyenne et surtout  l’appropriation de l’économie nationale par nos concitoyens. Le contraire sera non seulement  suicidaire mais véritablement chronique d’échecs annoncés.
Si donc, le Ministère de l’EPST a repris T, en termes des techniques commerciales, techniques coupe-couture, tout ce qui touche au professionnel devrait faire partie désormais du Ministère de la Formation Professionnelle, Arts et Métiers, et ce, conformément à la vision de l’UNESCO qui place dans même moule, l’enseignement technique et professionnel ».
« Le monde a besoin du cobalt, de lithium, du cuivre ; la RDC a besoin de l’emploi, de l’industrialisation et de la formation professionnelle », ces propos du président de la République démocratique du Congo Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo à  l’occasion de la 74ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU qui corrobore avec son discours d’investiture sur son volet relatif à la formation professionnelle Arts et métiers  constitue une bonne intention à matérialiser par la volonté politique.
C’est pourquoi je saisis cette opportunité,  pour proposer la tenue toute affaire cessante des « premiers États généraux  sur la formation professionnelle Arts et métiers « . Ces assises de plus ou moins 5 jours,  auront le mérite non seulement de requalifier ce secteur mais aussi et surtout de jeter les bases de l’élaboration d’une loi nationale propre à la formation  professionnelle. Faire ainsi sera réellement aimer les Congolais.
Cette réflexion qui n’est pas du tout parfaite est un débat  citoyen que j’ai lancé et qui mérite l’attention des gouvernés et surtout les gouvernants car ce que veut le peuple c’est le changement pas seulement des individus mais aussi et surtout de méthodes et du système de gestion.

Par Edmond Mucipay
Journaliste et citoyen engagé

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