Par Patrick Felix Abely

En République Démocratique du Congo, des millions de moustiquaires imprégnées
d’insecticide à longue durée (MILD) sont soupçonnées d’avoir être admises et distribuées dans
le pays sans qu’elles soient conformes avec les normes exigées par l’Organisation Mondiale de
Santé (OMS).
Une enquête menée par notre journal a révélé qu’en premier trimestre 2019, entre deux et trois
millions de moustiquaires MILD sous le standard requis ont été distribuées dans les provinces
de Tshopo, L’Équateur et Le Kasaï-Central.
Ces produits sont du modèle Dawa-Plus 2.0, fabriqués par l’entreprise pakistanaise Tana
Netting, actuellement renommé Moon Netting à la suite d’un scandale qui a émergé au début de
cette année autour de la qualité inférieure et non-conforme de ses moustiquaires.
En Février 2019, le Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme –
connu sous son abréviation en Anglais comme GFATM – a publié une note en ligne pour avertir
les autorités dans plusieurs pays en Afrique et en Asie qu’il y’a eu un déficit de qualité dans les
moustiquaires produites par Tana Netting entre janvier 2017 et avril 2018. Selon la même note,
la RDC est un des pays concernés par cet avertissement, dont la communication signée par le
GFATM vu son rôle comme un des principaux bailleurs de fonds qui financent les commandes
des moustiquaires dans les régions endémiques, “Les informations ont été transmises à l’équipe de préqualification de l’OMS pour un complément d’enquêtes et de conseils. Dans une lettre du 8 février 2019 adressée aux organismes d’approvisionnement, le département OMS-PQ-Control a reconnu l’incertitude
concernant la qualité des produits”, a souligné la GFATM dans sa lettre.
Selon une source proche aux hauts sphères du ministère de la santé de la RDC, une décision a été prise pour suspendre la distribution de ces moustiquaires vu l’alerte du GFATM. Dans une salle réunissant toutes les parties prenantes présidée par l’ex ministre de la santé Dr Oly Ilunga Kalenga le 27 février 2019, des instructions ont été données pour mettre en quarantaine et
tester les lots suspects.
Néanmoins, loin de la capitale Kinshasa, les opérations de distribution à l’intérieur du pays n’ont pas été interrompues en réalité, révèle un staff local de l’UNICEF en RDC. “Nous étions au courant de la décision de l’ex ministre, et nous l’avons saluée. Mais sur le terrain, c’était
autre chose. Les lots se vidaient rapidement car les gens réclamaient les moustiquaires qu’on leur a promis. Au Kasaï-Central par exemple, nous avons dit aux autorités locales qu’il fallait
attendre les résultats des tests, mais c’était déjà trop tard”, lamente la source.
Pendant ce temps, le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) n’a pas encore présenté au grand public Congolais des explications autour les distributions qui ont eu lieu

malgré des consignes qui ont stipulé le contraire. En tant qu’agence attachée au ministère de la
santé, le PNLP joue un rôle pivot dans la coordination et la mise en oeuvre des efforts dédiés aux combats multilatéraux contre le paludisme.
Selon un médecin spécialiste en paludisme qui travaille au sein du PNLP, seulement trois des douze lots destinées pour une distribution en masse en RDC ne répondaient pas aux normes.
Sous couvert d’anonymat, le médecin reconnaît que le dosage d’insecticide mélangé au polyester n’est pas dans les proportions correctes pour toutes les moustiquaires reçus dans le
pays, ce qui entrave considérablement l’efficacité des produits, notamment dans la mesure de pouvoir tuer les moustiques porteuses de parasite suite au contact physique avec la moustiquaire.
Cependant, le médecin spécialiste du PNLP n’a pas pu présenter des chiffres exacts concernant le numéro des moustiquaires sous-dosées, et s’est contenté de suggérer qu’un lot en moyenne fait 900,000 articles, ce qui amène à conclure – selon cette source – qu’au moins 2,7 million moustiquaires déjà distribuées (3 lots) sont de mauvaise qualité.
Le Ministère de la Santé n’a pas encore répondu à nos demandes pour un interview officiel, mais un cadre de cette institution a commenté anonymement sur l’affaire en alléguant que seulement 3,000 moustiquaires ont glissé dans la province du Kasaï-Central avant que les autorités ont suspendu la distribution en fin Février 2019. Ce récit est en contradiction avec les témoignages reçus, pas seulement au Kasaï-Central, mais aussi dans les provinces de Tshopo et de L’Équateur où plusieurs sources, y compris des membres du grand public et des résidents bénéficiaires des campagnes de distribution, insistent que les moustiquaires ont été distribués
en mois de Mars et plus tard cette année de 2019, et que des familles et des individus ont reçus des moustiquaires la marque Dawa-Plus 2.0, qui sont les produits controversées qui ont suscité
la note d’alerte des bailleurs de fonds comme GFATM.
Ce dossier avait déjà provoqué l’indignation de certain activistes. Dans cette optique, Maître
Elodie Muzigirwa, présidente du Collectif des Organisations de la Société Civile pour la Santé et la Lutte Contre le Paludisme (COSAP), a exigé des réponses auprès les autorités depuis Février 2019. “Il est de notre devoir de rappeler l’État et souligner les danger qui quêtent la
population dans l’utilisation des produits non conformes et ceux de mauvaise qualité”, confie Maître Muzigirwa qui attend toujours les résultats des tests sur la bio-efficacité des moustiquaires ainsi que la mise à niveau des mécanismes de contrôle de qualité dans le
domaine de la santé publique.
Autres experts en RDC ont aussi exprimé leur inquiétude. Dr Patrick Bahizi est un spécialiste en
lutte contre le paludisme et en gestion d’urgence sanitaires. Il a mené des douzaines de missions de coordination dans plusieurs provinces et zones rurales dans l’intérieure du pays. “En bref, les moustiquaires non imprégnées, fausses ou à dosage non-conforme, restent un
casse-tête d’ordre suprême pour la santé publique en RDC. Le pays a besoin d’orientations
claires pour faire face à cette réalité”, écrit-il dans un éditorial en mois de Juin 2019.

Avec une population qui touche les 90 millions et une superficie de 2.345 million km², la lutte contre le paludisme est une affaire gigantesque. Selon les chiffres de l’OMS en 2017, la sous-région de l’Afrique Centrale compte 45 millions de cas d’infection, dont 92 300 décès. La RDC
représente plus de la moitié de ces chiffres, pendant que la pandémie coûte au pays une moyenne annuelle de 1,3% de croissance du PIB.