Par la Rédaction

A quelques jours de l’ouverture officielle de la campagne électorale, et du retour à Kinshasa du candidat commun de l’Opposition, Martin Fayulu Madidi, l’ancien Premier ministre congolais et candidat Président de la République invalidé, Adolphe Muzito était l’invité du Journal/Afrique, sur les antennes de TV5Monde, le lundi 19 novembre 2018. A la question de la journaliste sur des rumeurs faisant état d’un éventuel report des élections, l’un de cinq signataires de l’Accord de Genève, qui continuent à soutenir Martin Fayulu Madidi, comme candidat commun de l’Opposition, dit n’en être pas étonné, pour avoir déjà prédit sur la volonté de l’actuel Chef de l’Etat, de ne pas organiser les élections.

« Ces nouvelles ne m’étonnent pas, puisque déjà je disais sur ce plateau, il y a deux, trois ans, j’avais prédit que Joseph Kabila ne va pas organiser les élections. Et il ne peut organiser les élections qu’en étant sûr de les frauder, pour rester au pouvoir à travers son dauphin. Cela traduit le fait que monsieur Kabila ne veut pas organiser les élections, parce qu’il veut pérenniser son pouvoir à la tête du pays. Il n’y aura pas d’élections, et donc c’est clair : il n’a pas organisé en 2016, il a récidivé en 2017. Cela ne m’étonne pas qu’en 2018, il n’organise pas d’élections », a indiqué Adolphe Muzito, qui a préféré que la question sur ce que devra faire l’Opposition en cas du report des élections le 23 décembre prochain, soit plutôt posée au peuple congolais lui-même, dont on prive le droit de s’exprimer et de se choisir librement ses dirigeants.

« La question il ne faut même pas me la poser, il faut la poser au peuple congolais. Parce que nous ne sommes pas dans une opération électorale proprement dite, entre, d’une part, la Majorité et, de l’autre, l’Opposition. Il s’agit d’un peuple contre un oppresseur, contre une dictature qui veut s’éterniser à la tête du pays. C’est au peuple lui-même qui est fauché, à qui on prive sa souveraineté, son droit de s’exprimer, de se choisir des dirigeants de sa volonté ». A en croire le leader du mouvement Nouvel Elan, il ne s’agit même pas d’un mot d’ordre de la coalition « Lamuka ». Car, aujourd’hui, le peuple congolais est on ne peut plus mature. « Nous n’aurons même pas besoin de mot d’ordre, parce que le peuple lui-même sait que Kabila ne veut pas organiser les élections. Il (Kabila) veut s’éterniser à la tête du pays. Il (le peuple) va s’exprimer comme il le voudra ».

Le successeur d’Antoine Gizenga à la Primature est revenu sur ce qui s’est réellement passé à Genève, en termes du déroulement de vote ayant conduit à la désignation de Martin Fayulu, comme candidat commun de l’Opposition. Cela, non sans rappeler que Genève est l’aboutissement d’un processus de longue date, pour obtenir de bonnes élections transparentes, crédibles et inclusives, en vue d’une alternance pacifique et démocratique au sommet de l’Etat. « Les négociations de Genève est un processus qui a commencé il y a deux, trois ans, en ce que l’Opposition s’est fédérée, organisée et demandait à monsieur Kabila d’organiser les élections le 23 décembre, comme l’a édicté le calendrier de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) ; mais de bonnes élections transparentes, inclusives, et sans machine à voter et sans fichier électoral. Ce qui s’est passé c’est que les deux pressentis comme « les plus grands » se sont neutralisés, se sont tués mutuellement. Parce qu’à cette étape-là, nous, les invalidés, c’est-à-dire les trois, Katumbi, Muzito et Bemba, on n’a pas passé la première étape des choix, des élections. On leur a demandé de s’entendre pour un consensus ; et en cas du non consensus, qu’ils procèdent au vote ».

Adolphe Muzito va même plus loin, pour dire, à peine voilée, combien tous avaient une préférence pour les deux candidats considérés comme les favoris ; mais que le mode de désignation n’a pas pu sauver pour le second tour. « Au second tour, je ne peux pas vous dire pour qui j’ai voté. Cela n’a pas d’importance, parce que, déjà, au second tour, je n’avais pas de choix. Il est resté deux candidats, à savoir Tshisekedi et Kamerhe. J’aurais pu voter (Tshisekedi), mais à condition qu’il ait survecu au second tour. Malheureusement, quand nous sommes intervenu pour faire le choix, il (Tshisekedi) était déjà éliminé au premier tour ».

Pour autant qu’il y a eu des défections, du reste, intervenues après que la désignation de Fayulu comme candidat commun de l’Opposition ait déjà été rendue publique, Adolphe Muzito pense que la rencontre de Genève aura été une réussite. « Non, ç’a marché, parce que nous avons fini par choisir un candidat. Les défections, c’était par la suite, après qu’ils (Tshisekedi et Kamerhe) aient accepté de se soumettre à la procédure que nous avons communié ensemble, après qu’ils aient accepté de faire le vote, après qu’ils aient accepté aussi de participer à la conférence de presse, à travers laquelle nous avons annoncé au peuple et à la Communauté internationale la désignation de monsieur Martin Fayulu. Ce n’est qu’après qu’ils ont fait la défection. Mais ils n’ont jamais dit non plus pourquoi la défection. Parce que l’Accord avait plusieurs points, plusieurs dispositions. En faisant la défection en retirant leur signature, ils n’ont pas dit à quelle disposition de l’Accord ils ont renoncé ».

Adolphe Muzito a, par ailleurs, indiqué que la coalition « Lamuka » va bientôt dévoiler la synthèse des programmes de cinq leaders de l’Opposition qui soutiennent Martin Fayulu, à travers un programme commun, sur lequel elle va battre campagne en direction du peuple et à travers l’ensemble du pays.